Un dépôt blanchâtre à l’intérieur des feuilles de poireau n’est pas toujours le signe d’une maladie. Plusieurs insectes, actifs dès le printemps, prennent pour cible cette plante potagère, y laissant leurs œufs et leurs larves. La confusion entre les différents agents responsables est fréquente, même chez les jardiniers aguerris.
Chaque ravageur a ses propres armes, ses habitudes, ses tours de passe-passe. Leur présence ne se détecte pas toujours du premier coup d’œil. Pour limiter la casse, il ne suffit pas de traiter à l’aveugle : il faut reconnaître l’ennemi, comprendre son calendrier, ajuster sa riposte. À défaut, c’est la récolte qui se retrouve sur la sellette. Les méthodes naturelles et les approches bio ne pardonnent pas l’erreur d’aiguillage. Mieux vaut viser juste.
Des œufs dans les poireaux : quand faut-il s’inquiéter ?
Le poireau, pilier discret du potager, n’échappe pas aux attaques répétées des insectes amateurs d’alliacées. Débusquer des œufs entre deux feuilles ne signifie pas forcément l’effondrement du carré de culture. Pourtant, dès que les beaux jours reviennent, le ballet des insectes pondant sur poireaux s’intensifie.
Certains signes ne trompent pas. Si les feuilles se tachent, se ramollissent ou se percent de galeries translucides, le cycle des ravageurs est bien enclenché. Les œufs, minuscules et pâles, souvent alignés ou regroupés, signalent la présence de la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) ou de la mouche mineuse. Une fois écloses, les larves attaquent les tissus, propagent la pourriture et affaiblissent les plants. La récolte peut vite basculer dans l’incertitude.
Pas question d’attendre. Dès les premiers symptômes, il faut garder l’œil. Les dégâts restent parfois limités au début, mais une attaque massive se traduit par des feuilles lacérées, des plants amaigris, prêts à être retirés du sol.
- La teigne du poireau pond directement sur les feuilles ; ses larves percent le chemin vers le cœur du légume.
- La mouche mineuse cible la base et les jeunes pousses ; ses ravages apparaissent plus tard dans la saison.
Voici comment les deux principaux ennemis s’y prennent :
La période d’alerte débute avec les premiers vols d’adultes dans le voisinage. Si le printemps se révèle doux, la première génération démarre vite et plusieurs cycles peuvent se succéder. Les pathogènes profitent souvent de la brèche ouverte par les insectes, aggravant la situation. Adapter sa stratégie à la météo et à la biologie des protagonistes, c’est se donner une chance de garder des plants en forme.
Reconnaître les principaux ravageurs : teigne, mouche mineuse et autres suspects
Derrière les feuilles, la lutte est silencieuse mais tenace. La teigne du poireau, ce discret papillon nocturne, domine le paysage français. Il pond sur les feuilles, puis laisse place à des chenilles vives qui percent les tissus et tracent de longues galeries couleur rouille. Les signes sont sans équivoque : feuilles cloquées, méandres bruns, cœur du poireau dévoré.
La mouche mineuse (Phytomyza gymnostoma), elle, se manifeste plus tard. Elle préfère déposer ses œufs à la base. Les larves, d’un blanc laiteux, minent l’intérieur de la tige, laissent des marbrures pâles, provoquent affaissement et jaunissement, parfois accompagnés de pourriture.
On confond parfois ces deux ennemis avec d’autres larves ou vers, mais la teigne reste la star des ravageurs du poireau en France. On la distingue à ses chenilles fines, aux pontes en hauteur sur la plante, et à l’adulte qui vole dès le crépuscule, ailes grisées et discrètes.
- Teigne du poireau : œufs sur feuilles, galeries brunes, chenilles élancées.
- Mouche mineuse : œufs à la base, galeries claires, port des plants affaissé.
Pour bien faire la différence, gardez ces repères en tête :
Leur développement est rapide, surtout après un printemps doux. L’observation régulière, c’est la clé pour ne pas se laisser déborder.
Comment différencier les dégâts et repérer l’agent pondant ?
Le poireau ne cache pas longtemps la présence de ses adversaires. La teigne du poireau, Acrolepiopsis assectella, laisse des traces nettes dès le printemps : galeries sinueuses et foncées sur les feuilles, tissus qui se désagrègent, cœur qui jaunit ou pourrit. Les larves s’enfoncent vite dans les feuilles et la tige, rendant la structure spongieuse, fragile.
En face, la mouche mineuse vise la base du plant. Les larves y creusent des galeries blanchâtres, en zigzag, qui fragilisent les tissus. Les feuilles s’assèchent, le port du poireau s’affaisse. Ce qui change aussi, c’est l’emplacement : les œufs de la teigne se trouvent sur la partie haute, ceux de la mouche vers la base, parfois enfouis dans la terre.
Pour faire le point, inspectez vos plants dès l’aube. Œufs blancs à jaunes, alignés sur la nervure ou rassemblés à la base, signalent la récente activité d’un agent pondant. Les femelles ne déposent pas leurs œufs au hasard : elles forment des groupes, ce qui augmente le risque d’infestation par foyers. Un prélèvement minutieux sous loupe révèle la forme oblongue des œufs de teigne ou les grappes serrées de la mouche mineuse.
Attention aussi à la pourriture secondaire : les galeries, une fois creusées, deviennent des portes d’entrée pour maladies et moisissures. C’est une course contre la montre pour préserver la récolte.
Des solutions naturelles et efficaces pour protéger vos poireaux
La meilleure défense, c’est d’anticiper. Changez l’emplacement de vos poireaux tous les trois ans : la rotation des cultures empêche les larves de s’installer durablement dans le sol et complique la vie des ravageurs.
Le filet anti-insectes fait aussi des merveilles. Installez-le dès la plantation, sans qu’il ne touche les feuilles, pour bloquer les adultes avant qu’ils ne pondent. Cette barrière simple limite grandement les invasions, surtout quand les générations d’insectes se succèdent rapidement au fil des saisons.
Une autre astuce : associez vos poireaux à des carottes ou du céleri. Ces compagnonnages brouillent les pistes olfactives et compliquent la tâche des insectes à la recherche de leur cible favorite.
Pour ceux qui font le choix du naturel, le Bacillus thuringiensis (Bt) est un allié redoutable contre les chenilles de lépidoptères. Pulvérisez-le dès les premiers signes, par temps sec, en veillant à respecter le rythme biologique des ravageurs. Si l’intervention est trop tardive, le traitement perd de son efficacité.
Enfin, le piège à phéromones s’avère précieux. Il permet de détecter les vols d’adultes et de caler ses interventions au bon moment. Relevez les pièges régulièrement : ils annoncent le début des pontes et évitent les mauvaises surprises.
Surveiller, comprendre, agir : voilà ce qui sépare un potager en souffrance d’un carré de poireaux vigoureux. Gagner cette bataille, c’est offrir à ses récoltes un avenir moins incertain et des assiettes bien garnies.


