Crottes de Loire et lérots : différencier ces deux rongeurs du jardin

On retrouve des petites crottes sombres le long d’un muret, sur le rebord d’un abri de jardin ou dans un nichoir à oiseaux, et la première question arrive vite : loir ou lérot ? La confusion entre ces deux rongeurs nocturnes de la famille des Gliridés est fréquente. Les crottes de loir et les crottes de lérot se ressemblent à première vue, mais leur identification change la donne.

Ces deux animaux n’occupent pas le jardin de la même façon et n’y causent pas les mêmes dégâts.

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Contenu des crottes : le critère que personne ne vérifie (et qui tranche)

Avant de mesurer ou de comparer les formes, on peut apprendre beaucoup en regardant de plus près ce que contient la crotte. Ce critère, rarement exploité par les jardiniers, découle directement du régime alimentaire très différent des deux espèces.

Le loir gris est principalement granivore et frugivore. Ses déjections contiennent surtout des résidus végétaux : fragments de graines, pulpe de fruits, parfois des restes de noisettes ou de pommes. La texture est relativement homogène, sans éclats durs visibles à l’œil nu.

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Le lérot, lui, est nettement plus omnivore et carnivore. Les crottes de lérot montrent souvent des fragments d’insectes visibles : petits morceaux d’élytres de coléoptères, mandibules, voire des éclats de coquilles d’escargots. C’est un indice fiable quand on prend le temps d’écraser légèrement une crotte sèche sur une feuille blanche.

Ce test simple fonctionne particulièrement bien au printemps et en été, quand le lérot chasse activement insectes, vers et petits invertébrés. En automne, les deux espèces consomment davantage de fruits, et le contenu devient plus difficile à distinguer.

Lérot sur un mur en pierre d'un jardin du Val de Loire, rongeur avec masque oculaire noir caractéristique

Crottes de lérot et crottes de loir gris : forme, taille et texture comparées

La morphologie des déjections reste le critère le plus documenté. Voici les repères concrets pour faire la différence sur le terrain.

  • La crotte de lérot est fine, légèrement pointue aux extrémités, de couleur brun foncé à noire. Sa taille est comparable à celle d’une crotte de grosse souris, mais avec une forme plus allongée et effilée.
  • La crotte de loir gris est un peu plus épaisse, souvent arrondie à une extrémité et légèrement pointue à l’autre. Elle rappelle davantage une crotte de rat en miniature, en plus trapu.
  • Dans les deux cas, les crottes fraîches sont molles et foncées, puis sèchent en quelques jours pour devenir cassantes et plus claires.

La distinction à l’œil nu reste délicate quand on tombe sur des crottes isolées. C’est la combinaison forme + contenu + emplacement qui permet de trancher.

Emplacement des crottes au jardin : un indice de comportement territorial

Le lieu exact où l’on trouve les déjections dit beaucoup sur l’espèce concernée. Le lérot, très arboricole et mobile, laisse des chapelets de crottes le long de ses parcours en hauteur : branches basses, rebords de murs, dessus de clôtures, solives de grenier. Les crottes sont dispersées sur de longues distances, souvent alignées comme le long d’une autoroute miniature.

Le loir gris, plus casanier, concentre ses déjections autour de ses zones de repos. On retrouve des amas de crottes dans les nichoirs, cavités d’arbres ou caisses de rangement stockées dans un abri. C’est un rongeur qui revient dormir au même endroit et y accumule ses déjections sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Cas typique en combles et grenier

Dans les combles, le lérot se déplace beaucoup et laisse des crottes un peu partout le long des poutres et sur l’isolation. Le loir gris, lui, établit un nid bien défini (souvent dans un carton, une caisse, un recoin isolé) et les crottes s’accumulent dans un rayon restreint autour de ce point fixe. Si on trouve des excréments répartis sur toute la charpente, le lérot est le suspect principal.

Campagnol des champs dans un potager avec traces de crottes visibles sur le sol, jardin Loire

Loir ou lérot dans mon jardin : lequel est le plus probable aujourd’hui ?

On pense souvent au loir en premier, parce que l’expression « dormir comme un loir » ancre l’animal dans l’imaginaire. La réalité de terrain est différente. Depuis quelques années, plusieurs associations naturalistes signalent une régression du loir gris en plaine, liée à la disparition des vieux vergers et des haies arborées. Le lérot, plus opportuniste, se maintient mieux dans les zones périurbaines et les jardins arborés.

Autrement dit, si on habite en périphérie de ville ou dans un lotissement avec quelques arbres fruitiers, la probabilité de croiser un lérot dépasse largement celle de tomber sur un loir gris. Le loir reste présent dans les zones boisées, les vieilles bâtisses rurales et les secteurs de montagne.

Ne pas confondre avec les crottes de rat ou de souris

La confusion avec les rats et les souris est fréquente. Quelques repères pour éliminer ces suspects :

  • Les crottes de rat sont nettement plus grosses, en forme de fuseau, et souvent regroupées en tas importants près des points de passage.
  • Les crottes de souris sont très petites, régulières, en grain de riz, et dispersées un peu partout sans logique de parcours en hauteur.
  • Ni le rat ni la souris ne laissent de fragments d’insectes dans leurs déjections. Si on observe des débris chitineux, c’est un lérot.
  • Le lérot et le loir sont des animaux strictement nocturnes qui hibernent plusieurs mois par an. Trouver des crottes fraîches en plein hiver est très peu probable pour ces deux espèces.

Lérot et loir gris : espèces protégées, réponses adaptées

Le lérot bénéficie d’un statut d’espèce protégée en France. On ne peut ni le piéger librement, ni l’empoisonner, ni détruire son nid sans risquer une infraction. La bonne approche consiste à identifier l’espèce présente, puis à agir par exclusion : colmater les accès aux combles, installer des répulsifs olfactifs à base de menthe poivrée, ou proposer un abri de substitution (nichoir à lérot) à distance de la maison.

Identifier correctement les crottes au jardin, c’est aussi savoir quel animal on accueille et adapter sa réponse en conséquence, sans nuire à une faune qui régule naturellement limaces, insectes et petits invertébrés.

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